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Gym Tonic - Mai 2020

gym tonic

Après avoir assouvi mon fantasme de me baigner matin et soir dans la mer des Caraïbes, une autre envie me démange : faire de la gym sur la plage. Mais où, comment, avec qui ? Jusqu’au jour où j’apprends qu’à Miami Beach, une plage populaire du sud de la Barbade, il y a des cours de gym dès 6h du matin.

Résolution prise : j’y vais dès demain ! Plus facile à dire qu’à faire : moi, me lever à 5h30, marcher puis prendre le bus, pour aller faire du sport à l’aube ??? Ça va la tête ? Finalement la curiosité l’emporte. Allons voir si l’effort en vaut la peine. Encore faut-il que je ne sois pas la seule à avoir cette idée saugrenue.

Arrivée sur la plage ombragée, surprise : aussi animée qu’en pleine journée !

Jeunes, moins jeunes, hommes, femmes, tout le monde bouge: corde à sauter, pompes, jogging, beach tennis, barre fixe suspendue entre les arbres... Ici et là chacun vaque à son sport préféré. Et les cours collectifs ? L’embarras du choix : musculation avec Philip à 6h, aérobic avec Carlton à 6h30 ou  gymnastique douce à 7h avec «Rasta man» - Cecil de son vrai prénom -.

Quel que soit le cours, le décor est le même : tout simplement paradisiaque ! La mer bleu turquoise à « l’avant de la salle », de grands arbres feuillus comme « mur du fond » et le sable blanc comme tapis de sol. Sans oublier le ciel bleu comme plafond.

Je m’approche timidement, demande comment faire pour m’inscrire. T’inscrire ? Me répond-on amusés ? Pas besoin ! Viens !

Et là, dès les 1ers mouvements je me sens transportée. Musique locale entraînante, bonne humeur, éclats de rire (qui oserait rire pendant un cours de gym en Europe) ? L’énergie endiablée du prof est communicative. Les participants se font plaisir, sans se soucier de leur look ni de leurs aptitudes. Une employée municipale s’approche, pique son râteau dans le sable, s’appuie dessus et esquisse quelques pas d’aérobic avant de continuer à balayer la plage. Une autre dame en baskets, robe de ville et chapeau à plumes, se sert de son parapluie comme haltères. Le cours se termine par l’invitation du professeur à lancer un « Good morning » à l’Univers dans un grand éclat de rire « pour mettre de la bonne humeur dans notre journée ». Je crois que ça va s’arrêter là. Mais non, souvent des Bajans* de l’étranger en vacances à la Barbade donnent un complément de cours: stretching avec Cynthia, du Tai-chi avec James, etc.

Après le cours et l’échange de mangues et de gâteaux, un des participants lance à la cantonade : « Lundi prochain c’est jour férié. Ça tombe bien, c’est mon anniversaire. J’apporte à boire, apportez à manger si vous le voulez et on fêtera tous ensemble ». Moi aussi, la dernière arrivée qui ne connaît personne ? Bien sûr !

Le tarif du cours de gym ? 0 franc 0 centime. Quel que soit le cours. Les 3 coachs sont fidèles au rendez-vous tous les matins du lundi au vendredi -à titre entièrement bénévole- « pour leur propre bien et celui de la communauté ». La communauté au sens élargi, puisque les touristes et les expats sont les bienvenus. Sans payer un sou. Même les haltères sont fournies. En guise de participation, des fruits, des gâteaux, ou tout simplement des piles pour la musique. Ou rien.

Vers 8h30 la plage commence à se vider. Les gens se dirigent vers les douches publiques pour ensuite se rendre à leur travail. Les touristes, eux, n’arriveront qu’à partir de 10h sans se douter de ce qu’ils ont raté. Moi je me jette dans le bleu de la mer des Caraïbes avant de rentrer chez moi remplie de bonne humeur et d’énergie. Il n’est que 9h du matin, l’heure à laquelle je me réveille généralement en Europe. Dire que j’ai failli me priver de cette fontaine de jouvence !

Et là, je repense à l’élan de solidarité et de générosité suscité par la crise du coronavirus en Europe : tout d’un coup, toutes sortes de sessions de yoga, de sport, de méditation sont offertes gratuitement en ligne. Jusqu’au jour où la vie normale reprendra le dessus. Nous serons alors encouragés à nous inscrire aux vrais cours qui seront bien entendu payants. Quoi de plus normal, il faut bien vivre.

A la Barbade, « Bien vivre » ça passe d’abord par le partage communautaire et l’accueil de l’autre, quel qu’il soit. Je me réjouis déjà de retourner à Miami Beach pour participer à l’anniversaire d’un inconnu ! A suivre…

*Note: « Bajan » (prononcer Beydjan): substantif et adjectif dérivé de « Barbadian ». Indique l’appartenance à la Barbade.


Jihane Sfeir
15 mai 2020