
Vous vous demandez à quoi servent des organisations internationales telles que les Nations-Unies et l’Organisation Mondiale du Commerce ? Ecoutez l’excellence entrevue de la Télévision des Nations-Unies avec Matthew Wilson, l’ambassadeur de la Barbade auprès des Nations-Unies à Genève. Passionné de diplomatie, de relations humaines et bien entendu de sa Barbade natale, ce brillant ambassadeur décortique avec lucidité les enjeux du multilatéralisme.
Dans les jeux de pouvoir de la politique internationale, quel autre forum que les Nations- Unies permettrait-il de donner une voix aux plus petits des Etats et de prendre un compte leurs préoccupations nationales et régionales, demande l’Ambassadeur Wilson ? Encore faut-il savoir s’y prendre pour faire entendre sa voix à la table des grands afin de peser sur la prise de décision dans la négociation des traités internationaux. Pour y parvenir, il faut d’abord être en paix avec son passé, au clair avec son identité et lucide par rapport à ses moyens. Et cela, la Barbade l’a bien compris.
C’est avec beaucoup de pudeur que l’Ambassadeur Matthew Wilson évoque l’histoire tragique de son peuple mis en esclavage par l’Empire britannique et son cheminement volontariste vers l’acceptation de ce passé douloureux, par le biais de l’éducation et de la réappropriation de son héritage africain : «Nous sommes un peuple extrêmement résilient. Nous nous forgeons un avenir en prenant acte de notre passé -avec tout le bien et tout le mal qu’il comporte- pour créer notre propre identité, une identité Caribéenne»
Tout en oeuvrant pour affiner son identité, ce petit Etat reste soucieux de forger des alliances avec les autres Etats par une démarche humaniste qui donne un écho à sa voix jusqu’aux plus hautes sphères. Car, partir du cercle le plus petit pour arriver au plus grand, c’est là le secret du pouvoir que la diplomatie multilatérale confère aux pays moins puissants. Pour ce faire, être à l’écoute des préoccupations des pays voisins renforce le sentiment d’appartenance régionale ; défendre les intérêts des autres régions favorise la réciprocité inter-régions ; et enfin, soutenir les causes mondiales (le changement climatique, l’emploi, la migration…) permet de positionner son pays et sa région dans ces enjeux mondiaux. En résumé, conclut l’Ambassadeur « le multilatéralisme permet aux petits pays de mutualiser leurs ressources humaines pour faire peser leurs points de vue sur le monde extérieur ».
Et quelle est l’ambition de la Barbade, du haut de ses 350 km carrés, à travers son rôle dans les Nations-Unies ? Insuffler de la morale dans le leadership stratégique mondial. Ce n’est pas pour rien que ce jeune Etat indépendant depuis 50 ans à peine s’enorgueillit d’accueillir « La Maison des Nations-Unies », siège des bureaux régionaux d’une douzaine d’agences spécialisées du système onusien. Comme quoi, «Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années»
Jihane Sfeir
Janvier 2024