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Je m’appelle La Barbade - Novembre 2025

Bussa

Je m’appelle La Barbade. Oui, au singulier, car je ne suis constituée que d’une seule île, contrairement à ce que mon nom anglais Barbados laisse croire. Les responsables de cette confusion courante sont les Portugais, les premiers à avoir foulé mon territoire au 16ème siècle. Ils ont baptisé les immenses arbres aux lianes tombant jusqu’au sol (les figuiers barbus) "Barbudos" (barbus), d’où «Barbados». En toute modestie, j’étais d’une beauté renversante à l’époque, toute couverte de forêts tropicales vierges bordées de sable blanc fin et d’une eau turquoise cristalline irréelle.

Une fois ces premiers envahisseurs repartis, ce sont les Anglais qui ont débarqué sur mon sol en 1627. D’une âme de conquérants, ils ont vite perçu le potentiel que je représentais. La suite ? De nombreux livres d’histoires la racontent (mais sans me laisser vraiment la parole) en me résumant en un terme : « Joyau de la couronne britannique » . Cela en dit long sur le succès économique des plantations de canne à sucre et du commerce du rhum, mais peu sur les souffrances infligées à mon sol et encore moins sur l’horrible sort des centaines de milliers d’Africains réduits en esclavage sur ma terre.

Pour résumer trois siècles et demi d’histoire : la garnison britannique s’est installée chez moi, rendant ainsi toute velléité de révolte et toute autre occupation étrangère impossibles. Ainsi, contrairement aux autres iles des Caraïbes je n’ai toujours eu qu’un seul maître : la Couronne britannique. Voilà pourquoi l’anglais est ma langue maternelle -aux côtés de mon dialecte anglais «Bajan»*- et de nombreuses localités portent des noms anglais, ce qui m’a longtemps valu mon surnom de "Little England". Quant à mes 11 circonscriptions administratives, elles sont appelés « Paroisses » (comme les  civil parishes d’Angleterre).

En 1838, l’esclavage a finalement été aboli dans les colonies britanniques, à un coût exorbitant pour la Couronne, pour compenser non pas les esclaves mais les maîtres d’esclaves…J’ai finalement acquis mon indépendance en 1966 avec le statut de Monarchie constitutionnelle parlementaire. En 2021, j’ai franchi un autre grand pas pour me détacher complètement de la Couronne : je me suis proclamée République tout en restant membre du Commonwealth, en réaffirmant ainsi la volonté déterminée de mon peuple d’être « les maîtres de notre destin » comme le dit notre hymne national

Bien que toute petite (432 km2) j’ai de quoi vous occuper vos vacances pendant le froid de l’hiver européen, grâce à mes multiples facettes. Alors, permettez-moi de me présenter à vous en quelques adjectifs.

Envoûtante
Je l’avoue en toute modestie, je suis aussi belle que sur les cartes postales. J’assume sans honte tous les clichés : la mer turquoise, le sable fin et blanc, les cocotiers, les couchers du soleil flamboyants, un verre de rhum à la main, oui, c’est le bonheur ! De la côte Sud jusqu’à la Côte Ouest, mes plages vous accueillent librement, chacune avec son tempérament et ses activités nautiques. Mes préférées, ce sont les criques quasi-désertes très appréciées des tortues de mer qui battent des pattes à quelques mètres du rivage. Emotion garantie.

Trépidante
C’est sur la côte Sud, dans la paroisse de Christ Church, que je suis la plus fêtarde, surtout lors de la fête du vendredi soir, la fameuse Friday night Fish Fry, quand le marché du poisson d’Oistins, se transforme en mega restaurant à l’ambiance endiablée. Un peu plus loin, dans le quartier coloré de St-Lawrence (The Gap), c’est «rum o’clock» (l’heure du rhum) à toute heure, pour un lime (apéro) ou pour faire la fête (fêting) ». Au Worthing Court Food Plaza, le rhum et la musique font bon ménage pour accompagner les fameux fishs cakes (beignets de morue), les chips de plantain, les sandwiches de « flying fish », les « rotis» indiens, ou le poulet jerk jamaicain (très piquant). Sur la promenade du Boardwalk depuis Accra Beach, bars et restaurants rivalisent de cocktails variés. Et ne ratez surtout pas ma magnifique plage de Carlisle Bay !

Plus au Sud à Silver Sands, admirez le ballet des kite surfs qui s’élèvent au-dessus de la mer venteuse, près du centre multicolore de surf De Action. Dans la paroisse de St Philip, découvrez mes communes rurales ainsi que mes plages plus discrètes bien que majestueuses de Long bay, the Crane, Fowl Bay.

Quant aux activités culturelles, elles s’étalent au fil des mois. Mais c’est surtout pendant les fêtes de Crop Over que je me laisse aller : depuis le mois de juin, je deviens extrêmement fébrile, tout à l’envie de danser, chanter, faire la fête, jusqu’au couronnement de ce mois de festivités avec le Carnaval, Kadooment, le premier lundi du mois d’août.

Glam
Ce qui fait ma notoriété mondiale, c’est ma côte Ouest -"la côte de platine »- dans les paroisses de St James et St Peter qui s’étendent le long des eaux turquoises et lisses de la mer des Caraïbes. Là, je me vautre sans complexe dans l’opulence. Tous les hivers, mes palaces et mes nombreuses résidences de grand luxe sont prise d’assaut par les célébrités et les plus nantis de la planète. Pour cette élite, golf, cricket, polo, croisières privées et shopping dans les boutiques de Holetown sont à l’agenda. Et c’est ici que revient régulièrement ma petite Rihanna qui fait ma fierté.

Un peu plus au Nord, mon caractère caribéen se révèle dans la petite ville pittoresque de Speighstown, avec ses petites criques paisibles, ses galeries d’art, ses maisons colorées et les charrettes des marchands des quatre saisons.

Ressourçante
Alors que mes côtes Ouest et Sud se prélassent le long de la mer des Caraïbes, ma côte Est est frappée par les vagues fougueuse de l’Ocean atlantique. Dans la paroisses de St John, et St Jospeh je dévoile ma beauté rebelle avec mon rivage rugueux et les majestueux rochers de Bathsheba. Les baignades sont interdites sur cette côte et ce sont les surfeurs qui trouvent leur bonheur, pendant que les amateurs de jardins botaniques flânent dans les jardins Andromeda. Un peu plus loin, dans la paroisse de St Andrew surnommée par les anglais « Scotland district», je suis la Barbade écolo, avec mon littoral accidenté bordé de dunes de sables et de collines verdoyantes protégées. Dépaysement et ressourcement garantis.

Sauvage
Mais mon visage le plus sauvage, c’est dans le nord de l’île que vous le rencontrerez, dans la paroisse de Ste-Lucy, avec ses hautes falaises qui sont mon rempart contre l’Ocean. A Animal Flower Cave vous verrez des vagues en folie se lancer à l’assaut des falaises sur plusieurs mètres de haut. Ces falaises s’étendent sur plusieurs kilomètres jusqu’à ma côte nord-est, offrant un paysage à couper le souffle.

Luxuriante
Dans les paroisses sans littoral, St Georges et St Thomas, découvrez ma campagne : champs de cannes à sucre, anciennes maisons de plantations, vestiges de moulin à vent et surtout la végétation luxuriante de mes jardins botaniques : Flower forest, Coco Forest Hill, Hunte’s Garden, Welchman Hall Gully. Laissez-vous surprendre par ma géologie dans l’impressionnante grotte de stalactites et stalagmites de Harrison’s Cave. Sillonnez mes champs et mes collines à bord du petit train touristique de St Nicholas Abbey, une magnifique ancienne plantation qui abrite aujourd’hui une petite distillerie de rhum.

Authentique
Comment décrire Bridgetown ma capitale ? C’est là que je me sens le plus rattachée à mes origines. Classée patrimoine mondial de l’UNESCO, elle a gardé son tracé de rues et ses bâtiments d’origine. Perdez-vous dans les dédales de la ville, entre les marchés de Cheapside, la rue Swan Street grouillante d’activités et de petits commerces, les salons de coiffure et les boutiques artisanales de Pelican Village. Laissez-vous imprégner par cette ambiance et vous saisirez mon âme.

Fiers et chaleureux
Et les Barbadiens que j’appelle affectueusement Bajans* ? Mon peuple, c’est mon trésor, ma fierté. Il incarne la gaité et la chaleur humaine. C’est en lui que je puise ma vigueur, ma créativité, ma résilience, ma résistance, mon désir de me distinguer. Mon peuple honore la mémoire de nos ancêtres mis en esclavage en transformant leurs souffrances en humanité et solidarité. C’est pour lui que des touristes reviennent d’année en année jusqu’à devenir des amis, des membres de la famille, comme l’heureuse autrice de cet article qui vient de rentrer de son 27ème séjour chez moi… Si vous voulez en savoir davantage sur moi, référez-vous aux autres billets de ce blog.

Mais rien ne vaut une visite pour mieux me connaître…

Jihane Sfeir

Article écrit pour le magasine UN Today de l'ONU en Mai 2025

*Bajan (pr. bay-djun): Adjectif ou substantif dérivé de « Barbadian » désignant l'appartenance à la Barbade