Gym Tonic

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Après avoir assouvi mon fantasme de me baigner matin et soir dans la mer des Caraïbes, une autre envie me démange : faire de la gym sur la plage. Mais où, comment, avec qui ? Jusqu’au jour où j’apprends qu’à Miami Beach, une plage populaire du sud de la Barbade, il y a des cours de gym dès 6h du matin.

Résolution prise : j’y vais dès demain ! Plus facile à dire qu’à faire : moi, me lever à 5h30, marcher puis prendre le bus, pour aller faire du sport à l’aube ??? Ça va la tête ? Finalement la curiosité l’emporte. Allons voir si l’effort en vaut la peine. Encore faut-il que je ne sois pas la seule à avoir cette idée saugrenue.

Arrivée sur la plage ombragée, surprise : aussi animée qu’en pleine journée !

Jeunes, moins jeunes, hommes, femmes, tout le monde bouge: corde à sauter, pompes, jogging, beach tennis, barre fixe suspendue entre les arbres... Ici et là chacun vaque à son sport préféré. Et les cours collectifs ? L’embarras du choix : musculation avec Philip à 6h, aérobic avec Carlton à 6h30 ou  gymnastique douce à 7h avec «Rasta man» - Cecil de son vrai prénom -.

Quel que soit le cours, le décor est le même : tout simplement paradisiaque ! La mer bleu turquoise à « l’avant de la salle », de grands arbres feuillus comme « mur du fond » et le sable blanc comme tapis de sol. Sans oublier le ciel bleu comme plafond.

Je m’approche timidement, demande comment faire pour m’inscrire. T’inscrire ? Me répond-on amusés ? Pas besoin ! Viens !

Et là, dès les 1ers mouvements je me sens transportée. Musique locale entraînante, bonne humeur, éclats de rire (qui oserait rire pendant un cours de gym en Europe) ? L’énergie endiablée du prof est communicative. Les participants se font plaisir, sans se soucier de leur look ni de leurs aptitudes. Une employée municipale s’approche, pique son râteau dans le sable, s’appuie dessus et esquisse quelques pas d’aérobic avant de continuer à balayer la plage. Une autre dame en baskets, robe de ville et chapeau à plumes, se sert de son parapluie comme haltères. Le cours se termine par l’invitation du professeur à lancer un « Good morning » à l’Univers dans un grand éclat de rire « pour mettre de la bonne humeur dans notre journée ». Je crois que ça va s’arrêter là. Mais non, souvent des Bajans* de l’étranger en vacances à la Barbade donnent un complément de cours: stretching avec Cynthia, du Tai-chi avec James, etc.

Après le cours et l’échange de mangues et de gâteaux, un des participants lance à la cantonade : « Lundi prochain c’est jour férié. Ça tombe bien, c’est mon anniversaire. J’apporte à boire, apportez à manger si vous le voulez et on fêtera tous ensemble ». Moi aussi, la dernière arrivée qui ne connaît personne ? Bien sûr !

Le tarif du cours de gym ? 0 franc 0 centime. Quel que soit le cours. Les 3 coachs sont fidèles au rendez-vous tous les matins du lundi au vendredi -à titre entièrement bénévole- « pour leur propre bien et celui de la communauté ». La communauté au sens élargi, puisque les touristes et les expats sont les bienvenus. Sans payer un sou. Même les haltères sont fournies. En guise de participation, des fruits, des gâteaux, ou tout simplement des piles pour la musique. Ou rien.

Vers 8h30 la plage commence à se vider. Les gens se dirigent vers les douches publiques pour ensuite se rendre à leur travail. Les touristes, eux, n’arriveront qu’à partir de 10h sans se douter de ce qu’ils ont raté. Moi je me jette dans le bleu de la mer des Caraïbes avant de rentrer chez moi remplie de bonne humeur et d’énergie. Il n’est que 9h du matin, l’heure à laquelle je me réveille généralement en Europe. Dire que j’ai failli me priver de cette fontaine de jouvence !

Et là, je repense à l’élan de solidarité et de générosité suscité par la crise du coronavirus en Europe : tout d’un coup, toutes sortes de sessions de yoga, de sport, de méditation sont offertes gratuitement en ligne. Jusqu’au jour où la vie normale reprendra le dessus. Nous serons alors encouragés à nous inscrire aux vrais cours qui seront bien entendu payants. Quoi de plus normal, il faut bien vivre.

A la Barbade, « Bien vivre » ça passe d’abord par le partage communautaire et l’accueil de l’autre, quel qu’il soit. Je me réjouis déjà de retourner à Miami Beach pour participer à l’anniversaire d’un inconnu ! A suivre…

 

*Note: « Bajan » (prononcer Beydjan): substantif et adjectif dérivé de « Barbadian ». Indique l’appartenance à la Barbade.


Jihane Sfeir
15 mai 2020

Gym Tonic

 

I’ve now been living out my fantasy and swimming in the Caribbean Sea every morning and late afternoon, but I’m getting a new urge: exercising on the beach. Where, how, with whom, no idea. And then I hear about workout sessions on Miami Beach, one of the most popular spots at the southern tip of Barbados. As early as 6 a.m.

No time to waste: I’ll be there tomorrow! Easier said than done, though: am I really willing to get up at 5.30, walk a while, catch a bus and work out at sunrise? Seriously??? Curiosity wins out in the end and I decide to check it out, hoping there will be other takers for what sounds – well, crazy.

The tree-shaded beach is now in sight, and lo and behold, it’s packed with people, some younger, some older, men, women, they’re all here.

Whether they’re skipping rope, running, playing beach tennis, doing push-ups or hanging from a horizontal bar between trees, all are happily indulging in their favorite sport. Group classes, anyone? There’s body-building at 6 with Philip, aerobics at 6.30 with Carlton or ‘energy circulation’ at 7 with Cecil, aka ‘Rasta Man’.

All classes have one thing in common: an idyllic setting, whether it’s the turquoise water at the front of the scene, the tall leafy trees as a backdrop or the white sand as a ground sheet, and best of all, the deep blue sky over our heads.

Hesitantly, I ask someone where I can sign up. They smile back at me. What do you mean, sign up? Just join in!

The minute I start moving, I feel transported. I’m enthralled by the upbeat local music, the cheerful mood, the unrestrained laughter (would anyone in a European gym even dare to laugh out loud?) and the instructor’s infectious energy. People come to have a good time, never mind how they look or what shape they’re in. A beach sweeper takes a look, plants her rake in the sand, leans on it, follows the aerobics routine for a minute and walks on. Another lady sporting a tailored dress, a feathered hat and sneakers is using her umbrella as a dumbbell. The class ends with the coach urging the crowd to loudly wish the universe ‘Good morning’ and laugh out loud ‘to make sure the day is off to a cheerful start’. But wait, there’s more: extra classes are often given by Bajans *who live abroad and come home to visit, and you can stretch with Cynthia, do tai-chi with James, and so on.

After the workout, participants pass around mangoes and pastries, and one of them shouts: “Next Monday is a bank holiday and it’s also my birthday! I’ll bring the drinks, you can bring food if you feel like it, and let’s celebrate!” Being a newcomer, I wonder if I’m included: you bet I am!

Unbelievable as it may seem, all classes are free. Monday through Friday, the same three instructors volunteer their time and show up bright and early as a benefit to themselves and to the community. They even provide dumbbells for everyone. Community is meant in the broader sense: tourists and expats are welcome, and nobody pays for anything. Contributions of any kind are well appreciated, whether it’s a fruit basket, home-baked pastries or just batteries to keep the music going.

It’s 8.30 and the beach has gone quiet. People head for the public showers before going off to work. Tourists won’t show up until 10 and will have no idea what they’ve missed. Time for me to cool off in the blue Caribbean Sea before I make my way back home feeling great and bursting with energy. And it’s only 9 a.m., about the time I usually wake up in Europe. To think that I almost missed out on this fountain of youth!

I’m suddenly reminded of the wave of solidarity and generosity the coronavirus crisis has sparked in Europe. Free online classes have cropped up everywhere, be it yoga, sports or meditation. But as soon as life goes back to normal, we will be encouraged to sign up for real classes, obviously for a fee. After all, isn’t everyone entitled to live a good life?

In Barbados, 'a good life’ starts with community sharing and a concern for others, no matter who they are. I can barely wait until some stranger’s birthday party on Miami Beach next Monday. Watch this space…

 

*Note: Bajan (pr. bey-djun): noun or adjective, derived from ‘Barbadian’

 

Translated by Edna Setton

May 15, 2020

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