"WHITE" à la Barbade

 

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White… Que vous évoque ce mot ? Probablement les nuages, le linge propre, la neige… Ou alors, un bébé Nestlé, une peau claire, des yeux bleus. En Suisse, une petite Heidi aux tresses blondes…

Que ce soit dans mon Liban natal ou dans ma Suisse d’adoption, j’ai toujours été aux antipodes de ce qualificatif. Brune, bien bronzée (un peu trop, d’ailleurs), noiraude…  Des mots qui me collaient à la peau, qui me mettaient dans une case bien précise et me donnaient le sentiment d’être différente. Une différence à connotation négative au Liban, où il ne fallait surtout que je m’expose trop au soleil « pour ne pas devenir plus noire ». Mais plutôt à mon avantage en Suisse, où ça me rendait intéressante car « exotique ».

Jusqu’au jour où, à la Barbade, la surprise : White, c’est de moi qu’il s’agit ??? Comme tous les touristes européens à la peau translucide ? ça alors! En fait, Black ou White, peu m’importe. Preuve en est: la gentillesse et l’accueil chaleureux des Bajans* dont plusieurs deviennent très vite de très bons amis, ce qui m’attache de plus en plus à la Barbade.

Toutefois, contente à mon arrivée d’être libérée de toute étiquette, je réalise rapidement que je n’échappe pas complètement aux clichés que les Bajans collent aux touristes blanches. Moi, riche capitaliste, motivée par la chasse à l’homme, incapable de m’intéresser à la culture locale ? Et pourquoi me traite-t-on différemment ? Tout simplement parce que je suis de race blanche (ou, disons «caucasienne», pour être politiquement correcte)? Et mes cheveux noirs, et ma peau « trop bronzée » ? Tout d’un coup, je ne suis plus « noire » ??? Ne peut-on pas juste oublier mon origine, ma race, ma couleur ? Me juger sur ce que je suis, ce que je fais ? Sans me mettre dans une case ?

Peu à peu je réalise ce que c’est que d’être minoritaire. Je le suis doublement d’ailleurs: minoritaire en tant que White dans un pays peuplé à 98% de Blacks. Et minoritaire parmi les Whites car tous mes amis sont Blacks. Stigmatisation, discrimination, délit de faciès… des mots galvaudés qui commencent à prendre un autre sens pour moi, même s’ils sont dénués de toute agressivité ou de malveillance à mon égard. Tout simplement parce qu’ici je suis différente des autres.

Au fil de mes séjours à la Barbade, je réalise que «ma différence» s’atténue. Les clichés tombent, remplacés par un véritable intérêt des Bajans* pour ma vie de « locale » à la Barbade. Je me sens enfin des leurs. Peut-être est-ce moi qui ai changé ? La démarche ? Le regard ? Une autre façon de m’habiller ? D’aborder les gens ? Après tout, l’intégration ça se mérite, surtout quand on est minoritaire. Et la couleur de la peau, ce n’est effectivement pas si important.

Jusqu’au jour où je vais à la Martinique, chez des Blancs… .

Suite au prochain numéro.

 

*Note: « Bajan » (prononcer Beyjan): substantif et adjectif dérivé de « Barbadian ». Indique l’appartenance à la Barbade.


Jihane Sfeir
28 avril 2020

WHITE in Barbados

White. What picture does that word bring to mind? Most likely, clouds, fresh linen, or snow. Or perhaps a baby in a Nestlé commercial, porcelain skin, blue eyes? Or young Heidi and her blonde braids if you’re Swiss?

That term has definitely never applied to me, whether in my native Lebanon or in my adoptive Switzerland. I was called brown, deeply tanned, sometimes “suspiciously” so, swarthy, you name it, I was inevitably labelled as different, “pigeonholed”. In Lebanon, such a distinctive feature was undesirable and I was often encouraged to stay out of the sun as much as possible ‘to keep from turning too black.’ Not so in Switzerland, however, as my ‘exotic’ looks were a plus.

Imagine, then, the shock I felt in Barbados when I was called White. “Who, me????” As white as all those light-skinned tourists from Europe? “How about that? I’m white!”, I reflected with a chuckle. In fact, I had the feeling that skin color didn’t matter one bit, judging from the kind, warm welcome I was given by Bajans*, some of whom soon became close friends, thus making me love Barbados even more.

At first I felt relieved that the old labels no longer applied; yet I soon realized that I couldn’t completely escape the stereotyped vision Bajans have of white-skinned tourists. Wait, I thought, that’s not who I am! I am no wealthy, capitalist man-hunter! And I am thirsty for local culture. So why was I being treated differently? Was it just my “whiteness”, my “Caucasian” ancestry as political correctness calls it? And what about my black hair and “suspiciously” tanned skin? " Was I no longer “dark” all of a sudden? Couldn’t people just forget about my origins, my race, my skin color, and judge me for my personality and my actions, without pigeonholing me?

Little by little, I’ve learnt what it feels to be part of a minority, on two counts: as a white person in a country whose population is 98% black; and as an oddity among whites since all my friends are black. Some hackneyed names such as stigmatization, discrimination, racial profiling have begun to take on a different meaning for me, although I’ve never heard them used negatively towards me. I just happen to look different from everyone else over here.

The more time I spend in Barbados, the less I feel “different”. I feel genuine interest and acceptance on the part of Bajans* as they watch me merge into local life. I finally feel I belong with them. Maybe I’m the one who has changed, whether it’s the way I walk, dress or look around, the way I approach people. Integration is something you earn, and skin color really doesn’t matter much.

And then one day I flew to Martinique and stayed with a white family. Stay tuned

 

*Note: Bajan (pr. bey-djun): noun or adjective, derived from “Barbadian”.

 

Translated by Edna Setton

April 28, 2020

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